La diminution du nombre de microbrasseries au Québec, les difficultés d’approvisionnement et l’impossibilité de s’associer à des événements majeurs obligent Jean-François Boily à mettre les clefs sous le perron de la porte de la TiteFrette de Roberval dont il est le propriétaire. Par contre, en mai, il va rouvrir, au même endroit, un commerce différent, sans les bières de microbrasseries.
Sur les 46 boutiques TiteFrette qui opéraient, sous franchise au Québec, en 2023, année d’ouverture de celle de Roberval, il n’en reste que 8 en opération.
Sur la page Facebook du commerce robervalois, on peut y lire : « Nous avons le regret de vous annoncer que nous fermerons la boutique de Roberval le 30 avril 2025. Avec le marché de la bière de microbrasserie qui diminue sans cesse et avec les difficultés rencontrées à s'incruster dans les événements pour vendre nos bières (on se faisait dire: notre contrat avec Labatt ou Molson ne nous le permet pas), j'ai pris la décision de fermer la boutique. »
Il aurait aimé qu’on lui facilite l’accès aux festivals ou autres non pas pour remplacer leur partenariat avec les brasseries traditionnelles, mais bien pour y installer un comptoir afin d’offrir à la clientèle, autre chose. « Ce n’est pas tout le monde qui aime les bières Labatt ou Molson. Je voulais offrir une alternative à leurs festivaliers », explique-t-il.
Moins de distributeurs
Au Québec, les microbrasseries ne distribuent pas leurs bières. Ils font affaire avec des distributeurs. « Par exemple, dans la région, c’est Distribution JPG qui se présente chez les microbrasseries pour ramasser les commandes et nous distribuer, par la suite. »
« Par contre, il y a des distributeurs, dans la région de Montréal, qui ne viennent plus au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Dans certains cas, je n’avais même plus accès à leur catalogue. Lorsqu’on se retrouve dans une région éloignée, ça complexifie les opérations commerciales. »
Vente en avril
« Nous aurons donc une grande vente de liquidation en avril avec diverses promotions et des rabais de 10 à 25% sur la marchandise. Idéalement, je souhaite à la fin avril ne plus avoir, en inventaire, de la bière ni de bonbons Sugar Daddy’s. »
L’homme d’affaires pense fermer environ deux semaines pour rouvrir ses portes, sous un autre nom, avec des produits variés 100% québécois. « Nous allons continuer à vous offrir notre service de location, notre service de collectionneur ainsi que plusieurs produits du terroir québécois » conclut=-il.
Le marché de la microbrasserie au Québec traverse une période difficile en raison de plusieurs facteurs économiques et sociaux. Les microbrasseries font ainsi face à une augmentation significative des coûts des matières premières et des salaires depuis la pandémie. Cela a mis une pression énorme sur leurs marges bénéficiaires. Le nombre de microbrasseries a aussi explosé au cours des dernières années, créant une concurrence intense. Puis, en raison de l’inflation, les dépenses des consommateurs ont diminué, ce qui affecte les ventes de produits non essentiels comme la bière artisanale.
L'Association des microbrasseries du Québec (AMBQ) milite actuellement pour des changements législatifs, comme la possibilité de vendre directement aux consommateurs en ligne ou dans les marchés publics. Ces mesures pourraient élargir leur clientèle. Il se pourrait aussi que les clients, vu le contexte d’affrontement économique avec les Américains, soient encouragés à privilégier les produits locaux à travers des campagnes de sensibilisation, ce qui pourrait stimuler les ventes.